Vos achats

Votre panier est vide !

Vous n'étes pas identifié

Connexion
  

Newsletter

Envoyer

Sélection thématique : Des vies et des êtres multiples racontés en bande dessinée et en manga

La vie ou plutôt les expériences de vie représentent une source d'inspiration constante pour les auteurs et autrices dans la littérature mais également dans la bande dessinée ou bien le manga. Ces deux derniers médiums, touchant peut-être plus facilement les jeunes (mais pas que !) sont de plus en plus demandés en France. Du fait de leur format très vivant, tout en images, ils impliquent rapidement leurs lecteurs qui créent facilement des liens, souvent très forts, avec les personnages.

C'est typiquement notre cas, grandes lectrices de bande dessinées et de mangas que nous sommes. Aussi, cette semaine, nous souhaitions avidement partager avec vous une petite sélection d'ouvrages qui témoignent de la vie de personnes « ordinaires », de leurs joies, leurs difficultés, leurs motivations, leurs amours et leurs volontés d'être.

Témoignages

Dans Je suis née dans un village communautaire, l'auteure nous narre son enfance dans ce milieu bien particulier. On apprend beaucoup de choses sur ces villages qui étaient basés sur des idées libertaires qui prônaient l'autonomie et l'éloignement d'un monde matérialiste. Les idées sont belles : cultiver la terre, se contenter de peu, pas de propriété privées, le partage. Mais au fil des jours passés au côté de l'autrice, enfant, on se rend compte que ce "village" pourrait facilement rentrer dans la case "secte" en France. On coupe les enfants de leurs parents et de la société "ordinaire", on les fait travailler, on ne les nourrit pas le matin, et ils sont soumis à des châtiments corporels. L'autrice en garde de mauvais souvenirs et certaines peurs mais aussi de bons souvenirs ainsi qu'une éducation qui l'a aidée pour se réinsérer dans la société ordinaire. Il est très intéressant de voir qu'elle avait particulièrement conscience du fait d'être différente du reste du groupe, elle a tenté de s'intégrer en mûrissant avant de s'apercevoir qu'il était temps de changer d'air et de quitter ce village.

Parler et défendre les minorités, hors des carcans de la société

Dans nos sociétés, certaines personnes sont encore trop souvent évincées, ignorées voire repoussées pour la seule raison qu'elles sont différentes, trop « vieilles », trop « bizarres », qu'elles sortent des normes. Écrire, publier et lire sur ces vies « mises de côté » peut jouer un rôle clé dans les changements de perception d'au moins une partie de nos sociétés et créer le désir de comprendre et d'aller vers l'autre. Évidemment, pour les personnes faisant partie de ces minorités, l'existence de ces ouvrages permet de se sentir enfin mis au premier plan et entendu, de sentir qu'on peut être le personnage principal de sa propre histoire.
Typiquement, la communauté LGBTQI est représentée d'une splendide manière dans le manga Eclat(s) d'âme de Yuhki Kamatani. En quatre tomes, l'auteur.e réussit à nous plonger dans le quotidien de personnes gay, lesbienne, trans, tous membres d'une petite association qui se réunit régulièrement, aidant le voisinage et se reconstruisant soi-même au contact des uns et des autres. Un récit d'une grande douceur qui n'évince aucunement les difficultés que chacun rencontre.
Sur le même thème, mais dans un registre beaucoup plus humoristique, Asana n'est pas hétéro de Sakuma Asana est un très bon manga. Dans ce one-shot, nous suivons le quotidien de l'auteur dans lequel il glisse quelque point éducatif mais toujours dans la bienveillance.

Certaines particularités sont également, non pas difficiles à raconter mais plutôt difficiles à lire. En effet, nombreux sont les gens qui ont peur d'être confrontés à des vies différentes et qui peuvent paraître compliquées. Avec Jun, Kim Keum-Suk rend avec une incroyable justesse et amour la vie de Jun, jeune homme autiste, et de sa famille. On y voit l'amour filial extrêmement fort mais aussi la jalousie de la petite sœur face à la grande attention portée à son grand-frère. Enfin, le rôle que joue la musique dans la vie de Jun est également un point extrêmement important de ce très beau roman graphique.

Évidemment, il est nécessaire de parler aussi de la vieillesse. Là encore, la vieillesse de son propre corps comme celle de ses proches déconcerte souvent et on répugne à en parler. Shikabane Sensei réalise le portrait unique de sa grand-mère et de l'évolution de la démence de cette dernière dans Souvenirs en bataille. Élevé seul par sa grand-mère, il revient sur son enfance, dans la pauvreté et sur la force de l'amour de son aïeule. Il témoigne de son immense désarroi devant la maladie, ses nombreux agacements jusqu'à ses pensées les plus sombres. Ce manga est une véritable lettre d'amour à sa grand-mère que nous vous invitons grandement à découvrir.
Dans le même genre, n'hésitez pas à découvrir La vie devant Toi, de Hideki Arai. Te dire merci de Yukari Takinami représente lui aussi un très beau témoignage d'amour d'une fille envers sa mère atteinte d'un cancer. Malgré une relation compliquée et de nombreuses paroles malheureuses, c'est l'amour qui reste.

Tokyo Tarareba Girls a récemment débarqué et il a déjà conquis de nombreux lecteurs. On suit Rinko, une scénariste de web-séries qui réalise suite à l'annonce d'un événement mondial qu'elle stagne dans sa vie. Où sera-t-elle dans 6 ans ? Elle s'attriste de ne pas avoir de vie familiale...Elle est heureusement épaulée par ses deux comparses, Kaori et Koyuki, qui sont dans la même situation qu'elle. Elles ont l'habitude de se rejoindre dans leur bar préféré pour boire, se plaindre et critiquer les autres. Mais voilà qu'un soir, un jeune homme glacial leur assène une critique brutale : elles sont des mégères qui se plaignent sans arrêt et se boostent à coup de "y'a qu'à" "faut qu'on", des phrases qui n'aboutissent jamais. Il enfonce le clou en leur assénant une insulte suprême "yaquafauconnes". Bref l'humiliation est terrible... Vous l'aurez compris, nous allons avoir le droit au fameux jeu du chat et de la souris entre Rinko et ce jeune homme, qui vont se croiser et se recroiser tout au long du manga. Oui, ce manga n'échappe pas à certains clichés scénaristiques mais allez on va se l'avouer, ça fait du bien parfois ! Ce livre est une vague de fraîcheur et d'humour. Certaines scènes sont mémorables et les dialogues sont acidulés à souhait. Derrière cet humour, l'auteure en profite pour régler ses comptes avec la société. Elle dénonce la pression qui est infligée aux femmes : avoir une situation stable, être mariée avant un certain âge, tomber enceinte, trouver un mari riche...et ce formatage qui rend certaines femmes totalement impuissantes et dépossédées de leur destin.

Dans Elle ne rentre pas celle de mon mari, notre protagoniste fait face à la pression d'être normale, de faire comme tout le monde. Et quand dans son couple et sa vie sexuelle, elle est confrontée à quelque chose de jugé inhabituel, son quotidien devient angoissant et ce sujet, obsessionnel. Quand on ne parle pas de certains sujets tabous, quand il n'y a pas d'organisation publique pouvant vous renseigner, vers qui ou vers quoi se tourne-t-on ? Et jusqu'où peut-on aller pour être "normal" ?

Mauvaise herbe sera une série en quatre volumes. Shinzo Keigo y narre l'histoire d'un policier qui, lors d'une descente dans un salon de massage qui cachait en fait des activités de prostitutions, se retrouve face à face avec une lycéenne fugueuse. Le policier la ramène chez elle d'où elle s'enfuit de nouveau pour échapper aux coups de sa mère. A travers différentes conversations via des chats douteux, elle cherche un refuge.... Elle passe entre les mains de plusieurs hommes qui, derrière une bienveillance désintéressée, se révèlent être des hommes concupiscents. L'auteur dénonce une société japonaise sordide et cruelle.

Parler de la jeunesse, ses amitiés, ses premiers amours particulièrement dans le domaine scolaire

Je veux manger ton pancréas est un titre des plus intriguant ! Après avoir lu les deux tomes de cette série, cette phrase signifie tellement plus qu'un simple titre accrocheur. Cette phrase est le gage d'une amitié sincère, d'une relation si forte qu'elle ne peut être rangée dans une case. Ce manga nous raconte l'histoire d'une jeune fille condamnée par sa maladie du pancréas et de sa rencontre avec un garçon, un camarade de classe, qui ne se lie à personne et préfère vivre avec ses livres. La jeune fille ne se laisse pas abattre, elle est franche, brute de décoffrage, solaire. Hormis sa famille, le garçon est le seul à être au courant de sa maladie. Ils vont peu à peu se découvrir au fur et à mesure de leur diverses sorties. J'ai eu la gorge nouée à de nombreuses reprises face à cette jeune fille qui cache sa peur derrière un grand sourire et des phrases chocs, face à ce garçon qui ne veut pas se lier aux autres car il n'a besoin de personne mais qui finalement se retrouve lié à elle sans s'en rendre compte. La fin du deuxième tome est poignante, insoutenable. On ressort à jamais marqué de ce très beau manga.

Avec Blue Flag, de Kaito et Comme sur un nuage de Okura, on touche avec brio à des questions très importantes de la vie de jeunes et d'adolescents. En 8 tomes et dans un genre un peu plus sérieux, Blue Flag touche à l'amitié, à l'amour dans ses formes diverses et surtout aux doutes constants face à la prise de décisions que l'on sait pesante à cette periode. La peur de faire le « mauvais » choix nous empêchant d'avancer pleinement, la peur d'être rejeté par ses paires, de n'être pas assez. Ce manga est tout simplement brillant !
Comme sur un nuage y ressemble étrangement mais dans un registre beaucoup plus léger. En trois tomes, il explore l'amitié, la frontière trouble avec l'amour et enfin, l'acceptation. Dans ces deux séries de manga, chacun des personnages apporte sa lumière, sa personnalité, sa petite touche. Ils sont extrêmement touchants et profondément vrais.

Instants de vie

Le vieil homme et son chat est un pur bijou de douceur, de tendresse et de drôlerie. On suit Daikichi, un instituteur à la retraite et son chat Tama. Son épouse est décédée il y a quelques temps de cela, et ils veillent depuis l'un sur l'autre. Dans leur petite ville, les chats sont omniprésents, ils vivent aux côtés des hommes sereinement. L'ouvrage est composé de plusieurs scénettes qui nous mettent du baume au cœur. Les dessins sont magnifiques, dans des tons pastels. Je me souviendrai toujours du rose des fleurs de cerisier, du bleu de la mer ou du vert de la laitue, le blanc a son importance dans le dessin et cet effet de couleur nous apaise. On ne peut que ressortir de ce livre charmé et apaisé.

- Clémence et Laura