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Sélection thématique : La littérature chinoise de l'époque républicaine

A l'occasion de la sortie du roman "Confessions inachevées" de Ye Lingfeng en traduction française, je vous propose un petit tour d'horizon de la littérature chinoise moderne (1911-1949).

La littérature de cette période est dense et passionnante !

Après des siècles gouvernés par des empereurs, les Chinois fondent la République de Chine en 1911. Cela entraîne une grande liberté qui se ressent également dans les œuvres littéraires. Les jeunes intellectuels ont soif de changements et désirent plus que tout modifier en profondeur la société chinoise grâce à leurs écrits. Ils espèrent ainsi réveiller leurs concitoyens et leur montrer une nouvelle voie, celle de la démocratie et du modernisme, afin de pouvoir tenir tête aux puissances occidentales.
Dans la revue "新青年 : Nouvelle jeunesse" fondée en 1915 par Chen Duxiu, les auteurs sont incités (entre autres choses) à abandonner la langue chinoise classique pour une langue vernaculaire appelée 白话 (bai hua), plus accessible de tous. C'est ainsi que la nouvelle de Lu Xun “狂人日记” « Le journal d'un fou » paraît en 1917, œuvre emblématique écrite dans cette nouvelle langue. L'écrivain, que l'on appelle « le père de la littérature moderne » souhaite ici réveiller le peuple chinois en utilisant des métaphores, notamment celle d'une société cannibale. Le cri du cœur de l'auteur « Sauvez les enfants ! » nous montre son souhait que le peuple chinois se réveille de cet état amorphe qui est le sien, pieds et poings liés par le carcan de la tradition. Ce « médecin de l'âme » ne cessera d'œuvrer pour amener le changement.

Les jeunes auteurs écrivaient avec passion, et nous découvrons dans leurs œuvres une explosion des sentiments : il est devenu à la mode de parler de soi. La nouvelle est le genre privilégié de l'époque, forme courte, mais dense, et ils y excellent ! Il m'est impossible de ne pas citer la célèbre nouvelle “沉沦” (« Le naufrage ») publié en 1921 de l'auteur Yu Dafu que j'apprécie particulièrement. Le romantisme est également très présent dans la poésie moderne. Les poèmes de Xu zhimo, jeune auteur talentueux, en sont par exemple la preuve. Certains parlent d'amour, de rencontres (“偶然” en 1926), de tristesse. Il a également rendu hommage à sa 母校 (« école ») dans un de ses poèmes les plus connus “再别康桥” en 1928.

Peu à peu, les auteurs s'essaient également aux romans dans lesquels nous découvrons une véritable fresque de la société de leur époque. C'est par exemple le cas de la trilogie de Ba Jin « Famille » (1931), « Printemps », « Automne », véritable saga familiale et fresque de son temps. Nous y suivons le quotidien d'une famille aisée typique dans le sichuan. Toute la famille vit ensemble (les grands-parents, les oncles et les tantes, les cousins etc.). Les trois frères dont il est principalement question Juemin, Juehui et Juexin sont des exemples mêmes des différentes pensées de l'époque. L'aîné se voit coincé dans le carcan traditionnel : il doit porter le poids de toute cette famille étant l'héritier. Le troisième, quant à lui, est un jeune révolté et révolutionnaire, avide de changements et lisant avec passion les journaux à la mode. Il ne rêve que de rejoindre un groupe pour se lancer dans la révolution. Nous y voyons donc des jeunes passionnés, d'autres plus pondérés, les doutes et les espoirs de toute une génération, mais aussi les difficultés rencontrées.
Dans un style beaucoup plus sobre, Mao Dun a lui aussi écrit un roman très intéressant sur l'époque : “子夜” (« Minuit ») publié en 1933, dans lequel il nous entraîne dans le monde de la finance et nous dépeint la société shanghaienne des années 30.

Dans les années 20 et 30, la scène littéraire chinoise voit peu à peu un clivage se former entre deux écoles : celle de Pékin et celle de Shanghai. La première comprend notamment des auteurs comme Shen Congwen et Zhou Zuoren. Ils prônent une attitude anti-commerciale et anti-politique et désirent une littérature pure et autonome, ce qu'ils synthétisent par « L'art pour la vie »).
Dans le sud, le haipai est lui aussi apolitique, mais beaucoup plus moderniste. Les histoires se passent généralement à Shanghai, ou tout du moins dans des villes modernes, hautes en couleurs et scintillantes. Nous y suivons des dandys dans des dancings et des soirées, de jeunes chinois modernes et progressistes dans la cacophonie des bruits d'une ville en pleine effervescence. C'est ce que l'on considère être « de l'art pour l'art ». Ye Lingfeng, dont le roman « Confessions inachevées » vient d'être traduit en français, place lui aussi son histoire dans cette ville grouillante de vie et nous en donne un bon exemple.

La littérature va par la suite se radicaliser et être utiliser comme une arme, que ce soit lors de l'invasion japonaise ou dans les zones occupées par les communistes. Malgré la persistance à certains endroits d'une littérature accès sur l'individu, notamment avec les magnifiques œuvres de Zhang Ailing ( par exemple « Deux-brûles parfums », « love in a fallen city » en 1943), « Le pousse-pousse de Lao She (1936-1937) ou des romans satiriques sur la société chinoise avec l'œuvre phare de Qian Zhongshu « La forteresse assiégée » en 1947, la nouvelle littérature apparue les dernières années sera la seule acceptée une fois Mao Zedong et les communistes au pouvoir. Dès lors, cette grande période de liberté et de débats cessera et les auteurs chinois ne pourront plus s'exprimer comme ils le souhaiteront.

Pour avoir plus d'informations sur la littérature de cette période, vous pouvez consulte notre dossier.
- Florine