Vos achats

Votre panier est vide !

Vous n'étes pas identifié

Connexion
  

Newsletter

Envoyer

Sélection thématique : Les côtés sombres de la société japonaise

Pour bien connaître un pays il faut appréhender aussi bien ses bons côtés que ses côtés un peu plus sombres. C'est ce que nous allons faire avec le Japon aujourd'hui en observant de plus près certains de ses travers.

Le dur traitement des laissés pour compte (mères célibataires, personnes démunies et endettées)
Avec Une grande famille, Hika Harada noue immédiatement avec le succès au Japon. Elle livre un roman noir, sombre, totalement barge et déluré. Mais, derrière un humour loufoque et une intrigue des plus addictives, se cache une critique acerbe du système social et de l'être humain. Une personne qui se voue à aider ses grands-parents sans jamais obtenir aucune aide social. Qui ne peut pas travailler car doit s'occuper de son parent et qui se retrouve à vivre sur l'allocation de son grand-père. Plus aucune vie sociale, une vie de solitude. Et tout ces gens qui l'observent de loin la larme à l'œil en disant "quelle belle personne", "elle a bien du courage" et "elle se débrouille sans l'aide de personne" mais qui pas une seule fois n'iraient la voir en lui demandant si elle a besoin de quoi que ce soit, ou juste pour avoir une charmante conversation autour d'une tasse de thé lui offrant ainsi une bulle hors du temps.

Dans Les évaporés du Japon, Léna Mauger, journaliste et Stéphane Rémael, photographe partent à la recherche de ces fameux "évaporés". Des personnes qui disparaissent du jour au lendemain sous le poids de la honte, ou tout simplement parce qu'ils sont acculés par la pression sociale. Les raisons de leur départ sont multiples : abus, dettes, harcèlement, problèmes familiaux, perte d'emploi. Ce duo a donc enquêté dans les bas fonds de certaines villes pour retrouver leurs traces et les interroger sur les raisons de leur évaporation et sur leur nouvelle vie. Ce phénomène d'évaporation est profondément ancrée dans la culture japonaise.

Durian Sukegawa a l'habitude de s'emparer de sujets tabous, il l'avait fait dans Les délices de Tokyo en mettant en tant que protagoniste principal, une ancienne lépreuse. Il mettait ainsi en avant l'une des politiques eugéniques du Japon concernant le traitement réservé aux personnes souffrant de la lèpre. Dans L'enfant et l'oiseau, il aborde un tout autre sujet, hormis le combat pour la protection animale qui est au centre de son roman, c'est surtout l'isolement d'une mère célibataire et sa lutte quotidienne pour nourrir son enfant. Elle n'a aucune aide, ne peut compter sur personne. La seule personne qui va lui apporter un peu de réconfort, c'est un corbeau. La fin du roman est vertigineuse...

Un système judiciaire bien particulier
Avec l'enquête J'ai vendu mon âme en bitcoins, nous avons un bel aperçu de ce que peut être la justice japonaise. Cette justice qui affiche un taux de 99% de condamnations cache bien son jeu, la police peut retenir un suspect en garde-à-vue pendant deux jours sans lui laisser voir un avocat, et cette garde à vue peut durer jusqu'à 23 jours. Les suspects peuvent être interrogés jusqu'à 8h par jour. Si vous ne dîtes rien et que la police est obligée de vous relâcher, elle vous arrêtera de nouveau à peine sorti sous un autre motif. Pas étonnant que plusieurs suspects craquent... mais sont-ils pour autant coupables ?

Ito Shiori est une journaliste japonaise. En 2018, elle a été l'initiatrice du mouvement #WeToo, réappropriation japonaise du mouvement #Metoo. Suite à un viol commis par le journaliste d'une chaîne télévisée et biographe officiel de Shinzo Abe, elle tente d'amener son affaire devant la justice japonaise. Elle fera face à des procédures judiciaires cruelles, à l'incompréhension de sa famille, à des pressions politiques, et à un déferlement de haine pour avoir osé parler de son viol publiquement. Dans son livre, La boîte noire, elle retrace toute son affaire, et tente de faire bouger les lois concernant les viols au Japon.

Omniprésence du sexe VS manque d'éducation sexuelle
Le Japon est réputé pour l'omniprésence du sexe dans sa société, que ce soit dans les publicités, les jeux télévisés,... Vols courants de petites culottes, photographies sous les jupes des femmes, marché du sexe connu, ventes d'objets liés à la puberté des lycéennes, etc. Et au contraire un grand manque au niveau de l'éducation sexuelle avec des hommes et des femmes qui n'y connaissent rien, sauf ce qu'ils ont pu apprendre des pornos et des mangas.

Les éditions Lézard noir se sont emparées de ce sujet avec la publication de deux ouvrages clefs au premier semestre 2020. Mauvaise herbe sera une série en quatre volumes. Shinzo Keigo y narre l'histoire d'un policier qui, lors d'une descente dans un salon de massage qui cachait en fait des activités de prostitutions, se retrouve face à face avec une lycéenne fugueuse. Le policier la ramène chez elle d'où elle s'enfuit de nouveau pour échapper aux coups de sa mère. A travers différentes conversations via des chats douteux, elle cherche un refuge.... Elle passe entre les mains de plusieurs hommes qui, derrière une bienveillance désintéressée, se révèlent être des hommes concupiscents. L'auteur dénonce une société japonaise sordide et cruelle.
Dans Elle ne rentre pas celle de mon mari, notre protagoniste fait face à la pression d'être normale, de faire comme tout le monde. Et quand dans son couple et sa vie sexuelle, elle est confrontée à quelque chose de jugé inhabituel, son quotidien devient angoissant et ce sujet, obsessionnel. Quand on ne parle pas de certains sujets tabous, quand il n'y a pas d'organisation publique pouvant vous renseigner, vers qui ou vers quoi se tourne-t-on ? Et jusqu'où peut-on aller pour être "normal" ?

Dans Le marché de la vidéo pour adultes au Japon, Damien Sato enquête dans les coulisses de cette industrie du sexe. Il rassemble de nombreux témoignages et étudie tous les chaînons de ce marché très structuré et organisé. A travers cette enquête, il montre toutes les facettes de ce secteur : la solitude, le besoin affectif, l'argent, la célébrité et nous dépeint un pan de la société japonaise bien méconnu.

Le monde des yakuzas
Dans Cruel est le ciel, nous avons une histoire très sombre car, dès les premières pages, la police retrouve une main qui serait liée à un garage dont le sol est recouvert de sang. Nous nous retrouvons très rapidement dans les arcanes des réseaux mafieux. Nous apprenons beaucoup de choses sur ces assurances vie qui épongent les dettes des plus démunis. Système effrayant et si réel.

Et nous ne pouvions pas parler de yakuzas sans mentionner de nouveau Jake Adelstein avec sa duologie d'enquêtes au cœur de ce monde. Dans Tokyo Vice, nous faisons face à ses premières années dans le service Police-Justice du célèbre quotidien Yomiuri Shinbun. Il est jour après jour plongé dans les arcanes de la mafia et dans les bas fonds de Tokyo. Il se retrouve à créer des relations assez étroites avec certains mafieux tout en collaborant avec la police sur de nombreuses affaires. Dans un monde dont il ne détient pas les codes, il tente de suivre sa ligne de conduite tout en obtenant la vérité. Par la suite, il a écrit Le dernier des Yakuzas où il se retrouve à narrer la vie et le parcours d'un mafieux en échange de sa protection. A travers la vie de Makoto Saigo, nous découvrons au plus près le quotidien d'un yakuza des années 60 jusqu'à aujourd'hui.

Et d'ailleurs si nous souhaitons regarder de plus près l'évolution de la mafia japonaise, il est tout aussi important de lire Mémoires d'un yakuza. Ijichi Eiji sur son lit de mort retrace tout son parcours à son médecin Saga Junichi. Il narre ses débuts dans la mafia dans les années 20, où celle-ci consistait surtout en la gestion de tripots, puis son ascension, les assassinats commis, cette question de l'honneur ancrée dans ce milieu. C'est un témoignage important concernant la mafia mais aussi la société et l'histoire du Japon.

Le phénomène des Hikikomori
Le cas des Hikikomori s'est fait connaître tout d'abord par les nombreux dramas, mangas et films qui en parlent au Japon. Ce phénomène psychosocial apparu dans les années 90 au Japon reste tabou. Il touche généralement des adolescents ou de jeunes adultes de sexe masculin. Ce sont souvent des victimes d'ijime (un phénomène aussi très présent au Japon, consistant en des brimades parfois très violentes, des injures, du harcèlement), des hommes qui se sentent faibles, qui ploient sous la pression que leur inflige la société, qui ne peuvent plus faire face aux attentes instaurées par leur travail et qui sont en perte de sens et de repères. Ils s'isolent donc de la société et de leurs proches en s'enfermant dans leur chambre, ils y vivent en ermite ne sortant que pour des besoins impérieux. Ils se coupent du monde, n'ont plus aucune relation sociale. Leur enfermement peut durer plusieurs mois et cela peut aller jusqu'à plusieurs années. Nicolas Tajan est psychologue à Kyoto et chercheur à l'Institut national de santé mentale, dans son ouvrage Génération hikikomori, il nous dit tout sur ce phénomène.

Laura