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Confucianisme et légisme

Confucianisme et légisme

Ecrit le
24 Août 2010

Par Anthony Diaz
          Le confucianisme ne trouve pas sa source dans la pensée de Confucius, contrairement à ce que le terme de "confucianisme", inexistant en Chine, peut le laisser penser. Plus qu'une modestie bienvenue, c'est bien aux mots qu'il faut prendre Confucius lorsque celui-ci déclare qu'il n'invente rien, et qu'il ne fait que transmettre l'enseignement des Anciens dont sont porteurs les Classiques chinois. Les Classiques furent tous composés dans la haute antiquité chinoise, leur écriture étant attribuée par la tradition aux sages rois des trois premières dynasties (Xia, Shang-Yin et Zhou). Textes civilisateurs de la Chine, ils sont de véritables « manuels de l'humain » dans lesquels sont consignées des idées afférentes à tous les champs du savoir humain (histoire, métaphysique, éthique et pensée politique, recettes de bon gouvernement, méthodes de divination, codes rituels et langagiers etc.).
 

A lire

Classique des documents :
Chou King : les annales de la Chine (trad. S. Couvreur), Paris, éd. Youfeng, 1999.
Classique des changements :
Le Yi king (trad. Wilhelm), Paris, éd. Médicis, 1973.
Yi king : le Livre des transformations (trad. P.L.F. Philastre), Paris, éd. Zulma, 1992.
Le Livre des mutations illustré, Beijing, éd. du Dauphin, 2006.
Classique des poèmes :
Cheu King (trad. S. Couvreur), Paris, Taipei, Guangchi Press, 2004.

 
          Au long de la seconde partie de l'ère des Zhou, la Chine est morcelée en fiefs de plus en plus autonomes et de moins en moins soumis à l'autorité royale : commencent les époques dites des Printemps et Automnes (770-481 av. J.-C.) et des Royaumes Combattants (480-222 av. J.-C.). L'empire implose, rongé par la démesure d'anciens princes et généraux aspirant à l'hégémonie et désireux de conquérir les territoires voisins. C'est dans ce contexte de luttes intestines pour la suprématie, d'extrême violence et d'inhumanité constante, que le message de Confucius est à resituer, un message qui fondamentalement invite princes et généraux dévoyés à faire retour à l'enseignement des Classiques et à replacer la voie de l'humain dans ses gonds.

          Le texte des Entretiens, compilé par les élèves de Confucius, retranscrit une partie des échanges entre le Maître et ses disciples. Directs ou indirects, les principaux disciples de Confucius dont les écrits nous sont parvenus sont Zengzi (auteur présumé de la Grande étude), Zisi (petit-fils de Confucius et auteur présumé de l'Invariable milieu), Mengzi (ou Mencius) et Xunzi (auteurs des livres portant leur nom). Plus tard, au XIVe siècle, et sous l'impulsion du néoconfucianisme de Zhu Xi alors devenu orthodoxie d'Etat en Chine, les textes des Entretiens de Confucius, du Mengzi, de la Grande étude et de l'Invariable milieu furent canonisés et adjoints aux Classiques sous l'appellation de « Quatre Livres ». 

A lire

Sur Confucius et les Entretiens :
- MATHIEU Rémi, Confucius, Paris, éd. Entrelacs, coll. Sagesses éternelles, 2006.
- ELISSEEFF Danielle, Confucius : des mots en action, Paris, éd. Gallimard, coll. Découvertes, 2003.
Entretiens de Confucius (trad. A. Cheng), Paris, éd. Seuil, coll. Point sagesses, 1981.
- AMES Roger T. & David L. HALL, Thingking Througt Confucius, Albany, éd. SUNY, 1987.
Lunyu yizhu 论语译注 (annoté par Yang Bojun 楊伯俊), Beijing, éd. Zhonghua, 2009 (3e éd.).
 Sur Mengzi (Mencius) :
Mencius (trad. A. Lévy), Paris, éd. Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque, 2008.
Mencius (trad. I. Bloom), New-York, Colmbia University Press, 2009.
Mengzi yizhu 孟子译注册(annoté par Yang Bojun 杨伯俊), Beijing, éd. Zhonghua, 1960.
 Sur les Quatre Livres :
Les Quatre Livres (trad. S. Couvreur), Taipei, éd. Guangchi press, 2000.
Ta Hsüeh and Chung Yung (trad. A. Plaks), Londres, éd. Pinguin books, 2003.
- ZHU Xi 朱熹, Sishu zhangju jizhu 四書章句集注, Beijing, éd. Zhonghua, 1983.
 

          Exclu du corpus néoconfucéen en raison de sa thèse de la malfaisance première et originelle de la nature humaine, Xunzi a grandement influencé les penseurs du courant dit « légiste » communément incarné par le bègue Hanfeizi (Hanfei fut disciple direct de Xunzi). Reprenant à leur compte l'idée xunzienne selon laquelle l'Homme est a priori dépourvu de toute loi morale pratique et objective à même de guider correctement son action, les légistes défendent l'idée d'une conformité nécessaire de l'Homme à des lois construites a posteriori par lui : l'Homme n'étant pas naturellement moral, il ne peut que le devenir artificiellement. Traditionnellement opposé à Xunzi, Mengzi défend la thèse de la bienfaisance première et originelle de la nature humaine ; position selon laquelle l'Homme, essentiellement doué de principes moraux à même de guider correctement son action, n'est qu'un sage qui s'ignore.

A lire

Sur Xunzi :
Xunzi : Basic Writings (trad. B. Watson), New-York, éd. Columbia University Press, 2003.
- HAGEN Kurtis, The Philosophy of Xunzi : A Reconstruction, Peru, éd. Open Court, 2007.
Xunzi jijie 荀子集解 (annoté par Wang Xianqian 王先谦), 2 vol., Beijing, éd. Zhonghua, 1988.
- LIANG Qichao 梁启超, Xunzi ershi jiang 荀子二十讲, Beijing, éd. Huaxia, 2009.
 Sur Hanfeizi :
Han-Fei-Tse ou le Tao du Prince (trad. J. Lévi), Paris, éd. Seuil, coll. Points Sagesses, 1999.
Han Feizi : Basic Writings (trad. B. Watson), New-York, Columbia University Press, 2003.
Hanfeizi jijie 韩非子集解, Beijing, éd. Zhonghua, 1998.
 Sur Shang Yang :
Le livre du prince Shang (trad. J. Lévi), Paris, éd. Flammarion, 2005.
Shangjun shu 商君书, Harbin, éd. Heilongjiang renmin, 2003.
 

          Sous les Han, confucianisme et légisme sont de paire mobilisés dans l'exercice du gouvernement. Mais, de Dong Zhongshu à Wang Bi, en passant pas Liu An (prince du Huainan), pensée taoïste et spéculations cosmologiques influencent aussi l'esprit lettré. Alors qu'au tournant de l'ère chrétienne la pensée sait se faire critique, comme avec Wang Chong (auteur des Discussions critiques), qui n'hésite pas dans son livre à mettre Confucius face à ses propres contradictions, elle commence aussi à reconnaître en la figure de ce dernier un saint, lui attribuant cet apocryphe qu'est le Classique de la piété filiale. Un dernier représentant de cette première grande mouvance du confucianisme fut Yang Xiong (auteur des Maîtres mots) qui, quoique habité par l'esprit des Classiques et du texte des Entretiens, n'en fut pas moins, mille ans plus tard, écarté de l'orthodoxie confucéenne telle que définie par Zhu Xi pour sa conception douteuse de la nature humaine. Entrant dès la fin des Han dans un état comateux dont il mit près de dix siècles à se réveiller, le confucianisme connut une seconde grande mouvance sous les dynasties Tang et Song, mouvance communément qualifiée de « néoconfucéenne ».

A lire

-  Huainanzi (Philosophes taoïstes volume 2), Paris, éd. Gallimard, NRF Pléïade, 2003.
- CONFUCIUS, Le Livre de la piété filiale (trad. R. Pinto), Paris, éd. Seuil, coll. Points Sagesses, 1998.
- WANG Chong, Discussions critiques (trad. N. Zufferey), Paris, éd. Gallimard, coll. Connaissance de l'Orient, 1997.
- CHENG Anne, Etude sur le confucianisme Han, Paris, éd. Collège de France : IHEC, 1985.
- YANG Xiong, Maîtres mots (trad. B. L'Haridon), Paris, éd. Belles Lettres, 2010.
 

Bibliographie