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Le Néoconfucianisme

Le Néoconfucianisme

Ecrit le
13 Février 2011

Par Anthony Diaz

          Avec les Han se termine au IIIe siècle de notre ère le premier grand volet de l'histoire du confucianisme, celui du « confucianisme de Confucius ». C'est sous les Tang, au VIIIe siècle, que s'ouvre au travers d'auteurs tels que Han Yu et Li Ao, son disciple, le deuxième grand volet de cette histoire, celui du « confucianisme des Song et des Ming », autrement appelé en français « néoconfucianisme ». Armé d'un important appareil notionnel, le néoconfucianisme se caractérise par sa riche spéculation rationnelle sur le cosmos et l'esprit de l'Homme, pour ne pas dire par sa métaphysique, dont le but fut clairement de fonder rationnellement, en vue de les légitimer, les idées morales et politiques du confucianisme primitif. C'est ainsi notamment par l'exégèse des textes anciens, celle des Quatre Livres bien plus que celle des Classiques, d'ailleurs, que les néoconfucéens parvinrent à élaborer leurs propres systèmes de pensée – la quasi-totalité des idées et des notions mobilisées par les néoconfucéens étant issues des Quatre Livres. En ce sens, la lecture des Entretiens de Confucius, du Mencius, de la Grande étude et de l'Invariable milieu est fondamentale pour entrer dans la pensée néoconfucéenne. En plus de celles de Han Yu et de Li Ao des Tang, c'est principalement à partir des idées de Zhou Dunyi, de Shao Yong, de Zhang Zai et des frères Cheng Yi et Cheng Hao des Song du Nord que Zhu Xi parvint, sous les Song du Sud au XIIe siècle, à finaliser le premier grand système philosophique néoconfucéen.

A lire 

Les Quatre Livres

- LE BLANC Charles (trad.), Rémi MATHIEU (trad.), Philosophes confucianistes, Paris, éd. Gallimard, coll. Pléiade, 2009.

- COUVREUR Séraphin (trad.), Les Quatre Livres, Taipei, Kuangchi Press, 1972.

- ZHU Xi 朱熹, Sishu zhangju jizhu 四書章句集注, Beijing, éd. Zhonghua, 1983.

- Qian Mu 钱穆, Sishu shiyi 四书释义, Beijing, éd. Jiuzhou, 2010.

- Xin yi Sishu duben 新譯四書讀本, Taipei, Sanmin shuju, 1966, réimp. 2009.

Les Premiers néoconfucéens : oeuvres & études

- HARTMAN Charles, Han Yu and the T'ang Search for Unity, Princeton, éd. Princeton University Press, 1986.

- GRAHAM Angus C., Two Chinese Philosophers : Ch'eng Ming-tao and Ch'eng Yi-ch'uan, Londres, éd. Lund Humphries, 1958, réimp. 1967.

- ZHOU Dunyi 周敦颐, Zhouzi Tongshu 周子通书, Shanghai, éd. Shanghai guji, 2000.

- SHAO Yong 邵雍, Shao Yong ji 邵雍集, Beijing, éd. Zhonghua shuju, 2010.

          Si le confucianisme de Confucius était « étude du rituel », une étude de la discipline à visée sociale et politique que l'on pourra qualifier de très « extérieure » (étude des six arts et des rites qui devait conduire le disciple à se découvrir « politique », à pouvoir se comporter justement en société ou au pouvoir et à diriger correctement sa famille ou son pays), le néoconfucianisme est « étude de l'esprit », une étude de l'être de l'Homme à visée morale que l'on pourra qualifier de très « intérieure » (étude de l'esprit qui doit conduire le disciple à se découvrir « moral », à pouvoir faire rayonner son fond humain et à accéder de/par lui-même à la sagesse). De fait, être humain et « différer des oiseaux et des bêtes sauvages » ne résulte plus avec les néoconfucéens de la possibilité pour l'Homme de s'extraire de l'état de nature par l'art et la raison mais bien de ce que l'Homme est au contraire de la bête un être moral ou, pour le dire plus justement, le seul être à pouvoir exprimer parfaitement ce fond moral dont tous les êtres produits par le Ciel-Terre (la nature) seraient naturellement dotés. La pensée néconfucéenne repose ainsi entièrement sur une certaine conception de l'esprit ancrée dans l'idée mencienne selon laquelle l'Homme est bon par nature et, donc, apte à pratiquer le bien au quotidien. De fait, son esprit serait essentiellement doté de vertus sociales qui le rendraient existentiellement moral, ou en tout cas capable de moralité.

A lire 

Sur la notion d'esprit :

- ZHEN Dexiu, Le Classique de l'esprit, Paris, éd. You-Feng, 2010.

Sur le néoconfucianisme :

- BLANCHON Flora...(dir.), Le nouvel âge de Confucius, Paris, PUPS, 2007.

- WRIGHT Arthur F., The Confucian Persuasion, Stanford, éd. Stanford University Press, 1960.

- TIAN HAO 田浩 (TILLMAN Hoyt Cleveland), Songdai sixiang shi lun 宋代思想史论, Beijing, éd. Shehui kexue wenxian, 2003.

- CHEN Lai 陈来, Song Ming ruxue lun 宋明儒学论, Shanghai, éd. Fudan daxue, 2010.

           Si tous les auteurs néoconfucéens de la Chine des Song, des Yuan, des Ming et des Qing, ainsi que ceux de la Corée de Goryeo et de Joseon, s'accordent sur cette idée cardinale de la bonté foncière de l'essence humaine, tous n'ont pas pour autant la même conception de la structure et du fonctionnement de l'esprit (des différences de conceptions qui conduisent à des conclusions donc nuancées aux plans moral et politique), ni du travail éthique à effectuer pour tendre vers la sagesse. Par exemple, faut-il rationnellement prendre appui sur l'étude des textes et de l'Histoire, notre réflexion et nos raisonnements, pour se cultiver (Zhu Xi, et de façon générale les penseurs taxés de « gradualistes » du Lixue) ? Ou bien se laisser porter par notre spontanéité morale, notre intuition, pour pratiquer le bien (Wang Yangming, et plus généralement les penseurs taxés de « subitistes » du Xinxue) ? Tel est un des multiples points de rupture entre les deux grands courants du néoconfucianisme, celui de Zhu Xi (demeuré orthodoxie d'Etat de la Chine depuis le XIVe jusqu'au XXe siècle) sous les Song d'une part, et celui de Wang Yangming sous les Ming de l'autre.

A lire 

Zhu Xi et le Lixue : oeuvres & études :

- ZHU Xi, Mémoire sur la situation de l'empire, Paris, éd. You-Feng, 2008.

- ZHU Xi 朱熹 & LÜ Zuqian 吕祖谦, Zhuzi Jinsilu 朱子近思录, Shanghai, éd. Shanghai guji, 2000.

- MO Lifeng 莫励锋, Zhu Xi wenxue yanjiu 朱熹文学研究, Nanjing, éd. Nanjing daxue, 2000.

- FANG Yanshou 方彦寿, Zhu Xi shuyuan yu menren kao 朱熹书院与门人考, Shanghai, éd. Huadong Shifan daxue, 2000.

- CHAN Wing-tsit, Neo-Confucian Terms Explained..., New-York, éd. Columbia University Press, 1986.

Wang Yangming et le Xinxue : oeuvres et études :

- LU Jiuyuan (Xiangshan) 陆九渊 & WANG Shouren 王守仁 (Yangming), Xiangshan yulu & Yangming Chuanxilu 象山语录 阳明传习录, Shanghai, éd. Shanghai guji, 2000.

- WANG Yangming 王阳明, Chuanxilu 传习录, Zhengzhou, éd. Zhongzhou guji, 2008.

- YUAN Rencong 袁仁琮, Changpian lishi xiaoshuo : Wang Yangming 长篇历史小说:王阳明, Chengdu, éd. Bashu shehui, 2009.

          En Corée, dès le XIVe siècle, le courant zhuxiste du Lixue se répand et finit par s'imposer en même temps que la dynastie Joseon est fondée, sur les ruines d'un bouddhisme condamné. Loin de ne faire que rabâcher et ruminer le discours chinois, les confucéens coréens ont, sur la base des idées de Zhu Xi, cherché à affiner ce discours ainsi qu'à le répandre au sein du peuple comme au sein de la cour impériale. Comme en Chine, les débats qui ont agité les cercles de penseurs du Pays du matin frais ont porté sur la conception de l'esprit, et plus précisément sur la quiddité des vertus sociales, des instincts moraux et des sentiments humains, ces porteurs de la moralité et de la sociabilité de l'Homme.

A lire 

Sur le néoconfucianisme coréen :

- THIEBAULT Philippe, La pensée coréenne, Paris, éd. Autres Temps, 2006.

- CUI Yingchen 崔英辰, Hanguo ruxue sixiang yanjiu 韩国儒学思想研究, éd. Dongfang, s.l., 2008

- LI Suping 李甦平, Hanguo ruxue shi 韩国儒学史, Beijing, éd. Renmin, 2009.

           Si la Corée reste fidèle à l'enseignement de Zhu Xi, la Chine de la deuxième moitié des Ming est fortement séduite par l'enseignement de Wang Yangming. Mais en Chine comme en Corée, aux XVIIe et XVIIIe siècles, les spéculations sur l'esprit et la nature humaine perdent du terrain au profit des « sciences solides » et concrètes : l'importante avance technologique de l'Occident dont on vient de prendre conscience bouleverse les mentalités et les anciens néoconfucéens sont pointés du doigt. Petit à petit émerge l'idée que les siècles passés de vaines spéculations métaphysiques sont la cause même du retard accusé par la Chine sur la puissance occidentale. Au début du XXe siècle, l'empire chinois s'écroule et emporte avec lui douze siècles de pensée néoconfucéenne. Dans les années 1910 et 1920, la jeune République crache sur Confucius, représentant d'une tradition chinoise arriérée et dépassée. C'est sur la mise à bas de la « boutique de Confucius » que se referme le second grand volet de l'histoire du confucianisme. Etrangement, c'est dans l'ombre de cette révolte que s'ouvre le troisième et dernier volet de cette histoire, celui du « néoconfucianisme contemporain » (NCC), lequel consiste fondamentalement en une réactualisation des néoconfucianismes Song et Ming à la lumière de la philosophie européenne et de son vocabulaire conceptuel.

A lire 

Wang Fuzhi et le néoconfucianisme Qing :

- BLACK Alison Harley, Man and Nature in the Philosophical Thought of Wang Fu-chih, Seattle/Londres, University of Washington Press, 1989.

- GERNET Jacques, La raison des choses : essai sur la philosophie de Wang Fuzhi, Paris, éd. Gallimard, coll. nrf, 2005.

- DE BARY Wm. Theodore, Principle and Practicality, New-York, éd. Columbia University Press, 1979.

- YAN Yuan 颜元, Xizhai cunbian 西斋存编, Shanghai, éd. Shanghai guji, 2000.

N.B. Notez que notre bibliographie ne mentionne, pour des raisons évidentes, que des ouvrages effectivement disponibles au Phénix, d'où l'absence ici de certaines études ou de certains textes majeurs.

 Par ailleurs, nous avons reçu depuis l'écriture de cet article de nombreux textes de Chen Lai, grand spécialiste chinois du néoconfucianisme. Voir le lien ci-dessous.

http://www.librairielephenix.fr/recherche/resultat.html?recherche=chen+lai

Bibliographie