Compte-rendu de la rencontre avec Françoise Lauwaert autour de son livre "Le lettré chinois côté cour et côté jardin"

Le vendredi 5 décembre, nous avons eu le plaisir et l’honneur de recevoir Françoise Lauwaert pour une rencontre autour de son dernier livre Le lettré chinois côté cour et côté jardin, paru en octobre 2025 aux éditions de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique.
Sinologue et anthropologue, Françoise Lauwaert a enseigné la langue et la culture chinoises à l’Université libre de Bruxelles et à l’Institut supérieur de Traducteurs et Interprètes de Bruxelles. Elle est également membre du Laboratoire d’Anthropologie des Mondes contemporains et du Centre de Recherche sur l’Asie de l’Est de l’Académie royale de Belgique, ainsi qu’autrice et coéditrice de nombreux ouvrages et articles portant sur l’histoire et la culture de la Chine impériale tels que :
- Quel dommage que tu ne sois pas un garçon ! Rencontres avec des femmes remarquables de la Chine impériales (2020) ;
- Amours d’encre et de papier en Chine impériale (2021) ;
- Gouverner le peuple et soigner les corps : Quatre épidémies dans l’empire chinois (2023), qui a reçu le prix Auguste Pavie en 2024.
A l'occasion de cette rencontre, Françoise Lauwaert nous livrait ainsi que ce livre cherchait à analyser ce personnage emblématique du lettré-fonction, à explorer son ambivalence entre son rôle officiel de « mandarin » et sa dimension plus spirituelle et artistique. Mais aussi à déconstruire les fantasmes occidentaux emplis d’orientalisme vis-à-vis de ce personnage, considéré comme vertueux. Au-delà du pur esprit qu’on pouvait lui attribuer, l’autrice insistait sur le fait que le lettré-fonctionnaire, en tant qu’administrateur, sanctionnait et punissait de manière intransigeante, et pouvait aussi être sujet à la vénalité et la corruption.
Elle rappelait néanmoins que la fonction d’administrateur n’était pas une tâche sans danger et qu’elle pouvait exposer le lettré-fonctionnaire à du ressentiment qui pouvait prendre la forme de velléités pouvant porter atteinte à son intégrité physique, voire à sa vie. La récurrence de la thématique de la fuite, qu’elle soit par le contact avec la nature ou par la pratique des arts, pour échapper aux pressions sociales, familiales et professionnelles prenait alors tout son sens. On comprenait également pourquoi les sentiments comme la mélancolie, le chagrin, la désolation et le mal du pays avaient une place aussi importante dans les œuvres produites par les lettrés-fonctionnaires à l’époque de la Chine impériale.
Cette même volonté de fuite pouvait également expliquer l’émergence de la figure du lettré « enragé » (狂士 kuangshi) ou « retiré » aux côtés du lettré-fonctionnaire, peintre, calligraphe, poète, écrivain ou musicien. Entre autres représentés par les Sept sages de la forêt de bambou, Françoise Lauwaert évoquait que ces derniers, en marge de la société, s’adonnaient à la boisson, à la drogue et autres passions raffinées pour fuir les réalités du bas monde, et atteindre un certain niveau de spiritualité.
Enfin, bien que l’autrice ne manquât pas de mentionner les inégalités sociales, professionnelles et économiques dont souffraient les femmes à l’époque impériale, elle soulignait que les femmes lettrées étaient tout de même érigées en parangon de l’idéal lettré pratiquant son art en l’absence de toute quête de professionnalisation ou de gain. L’autrice rappelait que ce sujet avait été plus largement étudié dans son précédent ouvrage Quel dommage que tu ne sois pas un garçon ! Rencontres avec des femmes remarquables de la Chine impériales (2020).
