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Sélection thématique : L'Asie du Sud-Est vu par sa diaspora

A l'occasion de la sortie de Bangkok déluge, de Sudbanthad Pitchaya ainsi que du recueil Le K ne se prononce pas, de Thammavongsa Souvankham, nous vous proposons aujourd'hui une sélection de romans, bandes dessinée et recueils d'autrices et d'auteurs issus de la diaspora sud-est asiatique.

Depuis la nuit des temps, les différentes populations se sont toujours déplacées. Que ce soit pour des raisons alimentaires, écologiques, politiques, financières, leurs motivations résident dans l'espoir de trouver une vie meilleure ailleurs. Et par extension, d'offrir une vie meilleure à leur descendance.
Évidemment, l'arrivée dans les pays d'accueil, que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord, se révèle souvent un véritable parcours du combattant !

C'est pourquoi nombreux auteurs, ayant eux-mêmes émigrés ou bien étant issus de la diaspora écrivent sur leurs expériences, aussi bien sur des moments difficiles que sur des moments positifs. L'Histoire se mêle souvent aux histoires personnelles, le racisme ordinaire, les préjugés mais aussi les espoirs et les espérances en un avenir meilleur.

Nous commencerons avec deux auteurs thaïlandais, qui ont vécu ou vivent encore aux États-Unis. Pitchaya Sudbanthad a beaucoup voyagé dès son enfance. Aussi habitué très tôt à l'étranger, il a déjà écrit de nombreux essais et nouvelles. Son premier roman Bangkok déluge a dans l'écriture cette sensation américaine tout en se situant en Thaïlande et en gardant les spécificités du pays. A la fois un hommage à son pays natal et une superbe œuvre de fiction, Bangkok déluge est un véritable coup de cœur de vos libraires.

S.P Somtow a lui aussi un parcours assez similaire à celui de Pitchaya Sudbanthad. Ayant vécu très longtemps aux États-Unis et y ayant fait sa carrière d'auteur de science-fiction, il est revenu assez récemment à son pays natal et l'a presque redécouvert. Galant de nuit est proche d'une autobiographie et vous offre dans un genre proche du réalisme fantastique des thèmes de prédilections de l'auteur : l'amitié et la transcendance des classes sociales.

Pour rester en Thaïlande, n'hésitez pas à découvrir Le goût de la papaye d'Elisa Macellari. Née d'un père Italien et d'une mère Thaïlandaise, elle délivre un récit qui lui a été raconté par son grand-père. Véritable plongée dans l'histoire de la Thaïlande pendant la seconde guerre mondiale, c'est aussi une très belle histoire d'amour et de rencontre. Un ouvrage magnifique !

Toujours en bande dessinée, Vanyda, franco-laotienne donne vie à de nombreux personnages d'origines différentes dans ses œuvres. Entre ici et ailleurs est un très bon exemple. Les problématiques rencontrées par tout un chacun sont ici évoquées, sans distinctions liées aux origines. Tous sous la même enseigne, les personnages partagent l'amour, l'amitié, l'envie de grandir et de se trouver. Une perle de douceur !

Le recueil de nouvelles Le K ne se prononce pas aborde lui beaucoup plus les problématiques et les expériences particulières de personnes nées au Canada, de familles laotiennes. Chacun des récits est beau, précis et il frappe là où il faut. L'autrice, Souvankham Thammavongsa n'oublie pas non plus la poésie qui emprunt ses nouvelles. Encore une lecture chaudement recommandée !

Pour ce qui est du Vietnam, de nombreux auteurs et autrices ont à cœur de restituer un pan de leur histoire, de leur intimité... Tout d'abord, il y a Ocean Vuong qui a récemment fait une entrée fracassante sur la scène littéraire internationale avec Un bref instant de splendeur. Dans ce roman, le narrateur écrit une lettre à sa mère. Une lettre magnifique, dure, crue et sans tabou. Il lui dévoile tout : ses peurs, sa honte, son amour. Le narrateur, Little Dog, prend la plume pour donner des réponses à sa mère, pour se délivrer de certaines vérités et sublimer son histoire à travers son univers poétique. C'est dans l'écriture qu'il trouve son échappatoire. Little Dog est d'origine vietnamienne, il vit aux États-unis dans un quartier pauvre multiculturel. Il habite avec sa grand-mère schizophrène, hantée par le terrible traumatisme de la guerre du Vietnam et sa mère, américaine et vietnamienne, violente, elle aussi traumatisée par son enfance et ce qu'elle a pu voir. Comment arrive-t-il à se faire une place dans ce microcosme ? Sa mère est blanche de peau, sa grand-mère est jaune et lui aussi. On le prend pour un fils adopté. Sa mère est considérée comme blanche jusqu'à ce qu'elle ouvre la bouche et ne puisse balbutier que quelques mots d'anglais...Little Dog doit s'affranchir de sa couleur de peau, de son origine et manier l'anglais mieux qu'un natif. En parallèle, il doit vivre avec la violence de sa mère et les crises de panique et de paranoïa de sa grand-mère. Sa grande sensibilité dénote dans la cour de récréation et dans son quartier, lui attirant beaucoup d'ennui. C'est un roman bouleversant, poignant !

Viet Thanh Nguyen évoque lui aussi les thèmes du déracinement, de l'exil, de l'intégration à travers son recueil de nouvelles très poignant. A travers huit nouvelles, vous rencontrerez des personnages touchants et forts, des personnes qui sont hantées par des fantômes surgissant de leur passé, des personnes dont les regrets pèsent sur leurs épaules, des personnes qui tentent de vivre l'American Dream coûte que coûte. A travers ces portraits, c'est tout un pan de l'histoire des Boat people et de leurs descendants que vous découvrirez.

Nous ne pouvions écrire cette sélection sans mentionner Anna Moï et son magnifique dernier roman, Douze palais de mémoire. Khanh, mathématicien, fuit le Vietnam avec sa fille Tiên, âgée de six ans. Ils prennent la mer sur un bateau de pêche après avoir monnayé leur traversée. Sur ce bateau, ils vivront de nombreux jours en compagnie d'un pêcheur, de son fils et de leur chien. Ils vogueront sur une étendue bleue infinie en quête d'une terre d'asile. Une terre où Tiên pourrait vivre normalement. Khanh est un personnage très attachant. Il a une mémoire prodigieuse, il a configuré sa mémoire en douze palais : finances, fratrie, amour, enfants, carrière et ainsi de suite. Tiên est très débrouillarde et sa relation avec son père est très belle. Ce roman est une magnifique ode à l'amour entre Khanh et sa femme mais aussi entre un père et sa fille. Il est prêt à tout pour elle. Sur fond de guerre civile et d'un pays qui connaîtra de nombreuses mutations économiques et sociales, Anna Moï nous narre le destin d'une famille et ce qui a pu les pousser à fuir.

- Clémence et Laura